rue à la nage III
suite et pas fin de rue à la nage I et II
3
Une fois le cerveau bien épongé de frasques en forme de malaise, les jambes en l’air en équerre – un coin de table – encore la veille – faut circuler pas les pommes, pas les pommes – elle décide en règles de vie de retirer l’amer des agrumes de la bière car ça la rend sensiblement plus conne ou folle encore en ivresse dégueulasse, mais ivre de manques, le genre de boissons qui exaspère le désespoir et exacerbe les plaintes. Toujours à se taper la vie comme on s’éprend d’une pute – elle a les putes en amour. Et le monde entier dans son petit pourtour qui prononce des phrases pour que la fille se ressaisisse. Le professeur grenadine lui a une veste bleu foncé en velours – il est gentil et prends soin d’elle là, avec quelques incitations à se vomir de la merde qui prend son ventre. Par exemple. Toujours il lui dit – faut que tu dormes belle – viens reposée. En vrai de vrai elle était repartie en tête de se revoir la gueule bien en repos – une virée en forme de dimanche à rougir en culotte sur les galets normands – dormir dormir injonction – sieste – du ciel en dégagement. Tentative réussie dans son plus bel éphémère et échec en longueur.
Se dit faut remplir les manques, servir des comptoirs plein d’yeux n’est pas la solution qui fait suffisance, et puis y a toujours ces risques de renversements – je vois bien comment elle a tout renversé sur ma gueule, mais là lui dis qu’elle a un air moins fermé que la fois précédente, lui demande si ça va, me dit que ça va pas bien du tout – mais ça va.
Elle a pris le train un peu tard dans la matinée, savait qu’elle devait prendre une matinée en grasse – le bruit l’empêche pas d’air – et moi en hyperventilation, ai pas eu le temps (l’envie en courage peut-être) de lui en donner du vent pour sa cervelle suffocante et poumons à trop de cigarettes. Je lui ai quand même parlé de vase communicant – c’est par où la porte de l’agence de l’expert que je la prenne et que je sorte.
Elle est venue jusque là pour entendre parler de la légumineuse comme vecteur de lien social – c’est très agaçant, ce n’était pas prévu, en vrai elle y croyait trouver des amorces, et puis s’est fait livrer des successifs pas-grand-chose agaçants, oui. Ne lui avais dit ni oui ni non, alors pour elle, c’est toujours affirmatif, si c’est du rien, du silence en non-réponse. A peine arrivée dans cette ville, elle a cherché un bout d’herbe un dessous d’arbre, dormir en obsession, achever ce livre où est tué Kennedy, des semaines qu’elle le sirote. Se reposer, pas venir à moi en forme de nœuds plus gros que ce qui ne peut entrer dans mon cerveau déjà trop petit, faut pas exagérer – faut que ça aille. Elle rentre, non elle ne rentreras pas, elle rentre, se tiraille, ne sait pas si je suis là, est-il là ou pas, y suis-je – ça tourne. Se sentir comme en pointillés prédécoupés, dans le reflet de la grande baie vitrée. Restée avec plus ou moins trois cigarettes à la bouche devant cette maison pas tellement sympathique bétonnée en esplanade désertée en forme de tunnel autoroutier coupé de la circulation. Pour conclusion les potagers ne les intéressent pas, et un monde où tout va bien, ça n’existe pas. Vous êtes venus à trois qu’elle dit, ai répondu que non.
Y a toujours plus que jamais ce livre pas chapitré où le risque de l’inconnu est en page une puissance infini. Sais plus compter.
Je la lis. Alors elle me parle à détourner les pages, sais pas trop si je comprends tout. Déjà à prendre mon je, on en a pas discuté ensemble, et elle ne peut savoir si c’est un problème pour moi. Lui dirais peut-être un de ces jours que c’est insupportable, que c’est drôle, ou pas, ou que rien que ça me glisse – lui dirai, là ne sais pas.