doigt qui coule

écritures en cours (isabelle lassignardie) http://lassignardie.com http://lassignardie.wordpress.com

janvier 30, 2011 at 3:19pm
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rue à la nage

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Je gardais le sang froid et me sentais glisser dans un fou désordre. Je m’éclatais dans des sanglots peu croyables. T’es enfant et as encre cette même histoire dans la tête que tu te racontes comme un récit, un fait divers sur un torchon de journal. Encore humide – c’est la théière qui fuit, au moins elle verse mais pas toujours droit. C’est ça je ne marchais pas droit et ces sursauts de pleurs m’épuisaient. Appuyé contre le mur du porche, c’était plutôt une sorte de passage couvert, c’était fait pour la pluie. Une ville de pluie où tu peux t’abriter, même à verse, quand sans pause ça déverse des flots à ne plus rien voir. Je crois que je grelotte. Il y a le vent qui me bat. Même sous le porche. C’est ici, on abandonnait avait oublié les odeurs de pisse, et d’humidité qui ne goutte plus, elle tombe au moment où clignent les yeux, parce qu’avec tout ce que j’ai avalé de liquoreux, mes paupières frétillent, elles sont froissées. J’ai les ongles crasseux, ce mur est gluant, ça craint la pluie. Encore envie de hurler. La peur j’ai peur elle aussi, et tous ces gens qui me regardent effarés par mon aberration me donnent l’envie de garder ma nuque et le nez enfouis sous cet abris poisseux. Juste trouver un coin, seul. Je me traîne, pas franc, faut traverser la flotte qui s’écroule ; les pavés tremblent sous ma pesanteur, me sens lourd. Le front essuyé, une trempe sur ma joue, je pense toujours que ça peut t’extraire de la torpeur quand elle t’a saisi pour de bon. Me poser le cul dans un cabinet et pleurer, seul. La rue à la nage, ce qui me sert de manteau a l’allure d’un édredon gorgée d’eau. Suis là, j’ai vu cette fille l’air affreux, elle me sert un café, à moi je ne sais pas, à un être égaré au fond du risible, c’est plus sûr.